10 phrases que vous entendrez souvent dans un milieu bienveillant

Par Zoé L. Sirois

10 phrases que vous entendrez souvent dans un milieu bienveillant

Bienveillant, bienveillant, ce mot semble être devenu omniprésent, voir l’objectif à atteindre. Honnêtement, ce n’est pas mon terme préféré, je l’utilise comme raccourci pour bien faire comprendre de quoi je parle. Je trouve démocratique ou respectueux plus précis. Peu importe le terme que vous utilisez, nous avons tous une image en tête quand on entend bienveillant ou positif ou démocratique: pour vous, est-ce le cliché de la dame toujours souriante, la maman de Caillou, une personne en particulier? Aujourd’hui, j’ai envie de vous proposer l’angle sonore. C’est-à- dire que les milieux de garde, les écoles, les familles, ont chacun leurs bandes sonores reflétant les habitudes de ceux qui y vivent leur quotidien. Et, il y a des phrases, des mots, qui font partie du quotidien d’une approche alternative avec les enfants. Je me suis donc amusée, à m’espionner, notant les phrases qui me viennent par défaut… pour vous permettre de les utiliser, ou de réfléchir à celles qui caractérisent votre milieu.

  1. Quel est ton plan ?

Lorsqu’un enfant semble avoir une idée qui me semble incertaine au niveau de la sécurité, ou qu’il me fait une demande ou fait une tentative donc l’issu me semble peu clair. J’essaie de ne pas prêter d’intention aux enfants, parfois tout devient logique quand l’enfant s’explique, même ce qui peut sembler vu de loin à comportement interdit. L’enfant qui approche un tabouret pour grimper sur le comptoir veut peut-être faire preuve d’autonomie pour prendre un verre d’eau. Lorsque je prends le temps de valider avec lui son objectif, c’est beaucoup plus facile de lui proposer une alternative parce qu’on parle le même langage. Si je pense qu’il veut un verre d’eau, mais finalement, il voulait juste observer une fourmi qu’il a vu grimper sur le comptoir, et que ma solution est de lui donner un verre d’eau…. On ne se comprend pas !

  1. Je t’ai vu / j’ai entendu

Je l’utilise avec les poupons autant que les grands, même avec mes nouveau-nés en réponse aux demandes verbales autant qu’aux signaux non verbaux. Je décris lorsque possible ce que je pense avoir entendu ou vu. Bien utilisé, cette phrase permet de valider l’enfant, de lui donner l’impression d’être vu, entendu, que ce qu’il dit est important pour moi… Ce qui suit lui donnera des mots supplémentaires pour expliquer ce qui se passera à l’avenir si ça devait arriver de nouveau. Décrire, c’est un des outils les plus puissants du parent, de l’éducateur, du professeur.

“Je t’ai vu, tu commences à t’agiter, tu tournes la bouche de tous les côtés, je pense que tu as soif. “ Autant que “Je t’aie entendu, tu as besoin d’aide, je finis ma vaisselle et je serai vite près de toi pour t’aider. En attendant, et si tu me disais ce que tu as déjà essayé et pourquoi ça n’a pas fonctionné?”

  1. Je suis inquiète, mal à l’aise: je vais m’approcher.

J’en utilise des variations autant lorsqu’un enfant prend un risque en grimpant haut et que je ressens le besoin de m’approcher que lors d’une chicane, ou de jeunes enfants qui se poussent ou se tapent. Je fais attention de parler de mes émotions à moi, expliquant comment je réponds à mon besoin (modelant, du même coup). Parce que moi je suis inquiète, mais peut-être que lui se sent super en confiance présentement. Parfois, m’approcher est la seule intervention nécessaire parce que je vois bien en étant plus près que tout va bien finalement. À d’autres moments, j’ai besoin d’utiliser mon corps par exemple en bloquant doucement une main qui veut taper l’autre enfant.

  1. Tu m’as montré, tu as nommé

Il peut paraître ressembler beaucoup au numéro 2, mais il propose un angle un peu différent. Je l’utilise pour expliquer ce que j’ai compris du message (verbal ou non) et la conclusion que j’en tire, afin de la faire valider ou simplement d’expliquer mon processus de pensée selon l’âge. Pour un bébé, ce sera davantage :” Je pensais que tu avais soif, mais tu as repoussé le biberon, tu m’as bien montré que non !” et pour reprendre l’exemple ci-haut de l’enfant qui veut de l’aide pendant que l’adulte est occupé, ça pourrait être : “ Tu répètes maman, maman, maman, tu aimerais que ce soit tout de suite que je vienne t’aider hein ?! Je parie que tu aimerais bien que j’aie 8 bras comme une pieuvre, je pourrais t’aider en même temps que je ferais la vaisselle… Tu n’aurais plus jamais à attendre !! “

  1. Ceci est disponible ou est non disponible

J’aime le mot disponible. Je trouve qu’il est plus clair, moins ambigu que permis ou pas interdit par exemple, parce qu’il permet la flexibilité d’avoir des moments où c’est OK.. et d’autres non. Je l’utilise vraiment vraiment souvent… et mes enfants aussi. Je trouve que c’est vraiment un bon mot pour mettre une limite claire, temporaire ou permanente afin d’écarter une possibilité des choix possibles.

  1. Je pensais… je me suis trompé

Parce que les adultes se basent sur leurs perceptions, et se trompent parfois. Je trouve important de l’admettre et je trouve aussi que c’est un modèle important pour les futures relations sociales de nos enfants. Pouvoir prendre du recul, réfléchir au chemin de nos pensées et reconnaître l’erreur est tellement plus sain que d’être en réaction en restant sur nos pensées initiales.

  1. Ça semble difficile, facile, compliqué, simple, pour toi.

Pour aider mes enfants à sortir du noir ou blanc, j’aime tenter de nuancer en décrivant ce que je vois dans différentes situations avec les mots appropriés. Plutôt que tu es capable, j’essaie de préciser: ça semble facile pour toi maintenant de faire du vélo ! Je pense qu’en décrivant un éventail de nuances du genre, l’enfant parvient à lui aussi réfléchir de façon plus nuancée.. On lui donne des références. Plutôt que de se dire: c’est impossible, il va peut-être plutôt se dire: c’est difficile. Et s’il a eu beaucoup d’expériences d’éléments difficiles qui sont devenues ensuite faciles, il aura en lui la compréhension que oui c’est difficile, mais la connaissance de soi qu’il est capable de faire des choses difficiles !

  1. C’est audacieux, attentionné, ingénieux, réfléchi de (….)

J’aime beaucoup utiliser la description pour qualifier des gestes positifs (et non les humains qui en sont responsables.) Encore une fois, c’est moins noir ou blanc, et plus réaliste: parfois, nous agissons de façon attentionnée et parfois pas et c’est parfait, on s’adapte aux situations devant nous en montrant tout un tas d’habiletés. En qualifiant le geste, on démontre que nous l’avons vu agir et démontrer cette qualité, sans donner un rôle à l’enfant qui pourrait devenir lourd à porter. En utilisant ce type de vocabulaire face aux personnages des livres, aux humains qui gravitent autour de nous (l’homme du camion-poubelle, la caissière), nous participons activement à transmettre des valeurs fortes.

  1. Dans notre maison (garderie, classe), nous (…) c’est pourquoi (….)

Dans un milieu démocratique, cette phrase est particulièrement logique à utiliser puisqu’elle est vraie: nous (incluant l’enfant) avons pris des décisions de groupe sur comment nous nous comportons et voici un rappel. Le dans notre maison permet de mettre l’accent sur le sentiment d’appartenance, tout en normalisant le fait que dans d’autres milieux, parfois ce n’est pas pareil. Un bon exemple de la façon dont les touts petits intègrent vite ce principe: nous voyons parfois un jeune enfant expliquer à son parent qu’à la garderie, il faut faire ceci comme ceci ou comme ça.

  1. Te sens-tu en sécurité ? Te sens-tu bien avec ça ?

Mon intuition, comme parent ou éducatrice, est plutôt aiguisée. Parfois, je vais sentir un changement dans les signaux non verbaux du corps d’un enfant. Il jouait à se chamailler, et ça lui allait, et maintenant j’ai un doute. Alors, je vérifie, tout simplement, je donne l’occasion à l’enfant de me confirmer que non et alors je l’aiderai si nécessaire à transférer ce message, ou au contraire il va me dire que oui, tout va bien, on continue.

En conclusion, j’aimerais nommer que… ces phrases sont géniales évidemment et peuvent être un outil puissant, mais nous n’avons à toujours être parfait cent pour cent du temps dans nos interactions avec les enfants. Si vous avez envie de les utiliser, commencez par une phrase, réfléchissez aux contextes de votre quotidien ou vous aimeriez l’utiliser… et utilisez-la jusqu’à ce qu’elle devienne vôtre, en la modifiant selon votre parler habituel. (PS, moi aussi, parfois, je pense quelques heures après la situation à la belle phrase que je n’ai PAS utilisée.)

Quel est le lien entre bienveillance et jeu libre? Pour le découvrir, allez lire cet article .

Zoé

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