Offrir un environnement plutôt que des activités

Par Zoé L. Sirois

Dans les dernières années, un courant visant à diminuer les activités dirigées au profit du jeu libre émerge dans les milieux de garde, les sites destinés aux parents et même les écoles. C’est un gros changement puisqu’auparavant, il était commun de voir les activités créées par les adultes comme le summum éducatif ou même comme la source des apprentissages. Le travail d’éducatrice reposait alors beaucoup sur la préparation (et le découpage) : découper des éléments d’avance pour un bricolage, découper des activités plastifiées, planifier des activités pour chacune des sphères de développement en partant d’un thème X. Beaucoup de parents, prenant les éducatrices en exemple, ressentaient également cette pression de devoir mener des moments d’apprentissage.

Aujourd’hui, de plus en plus de professionnels travaillant avec les enfants se rendent compte que le jeu libre permet à l’enfant de se développer et de faire des apprentissages significatifs. Jouer c’est apprendre, et jouer librement c’est encore mieux. 

Le message est clair: il faut diminuer le temps passé à planifier des activités dans lesquelles l’enfant ne fait que suivre des directives. Je parle, par exemple, d’un bricolage où l’adulte pré-découpe tous les morceaux, décide d’où et comment les coller et colorier en opposition à mettre du matériel disponible, encourager des techniques oui mais accepter que le dinosaure devienne une licorne. L’enfant et ses intérêts doivent être respectés et encouragés. On veut voir l’enfant prendre des risques, faire des choix, expérimenter, bref être actif dans le jeu. Le jeu libre est un espace de pratique, d’entraînement pour développer son potentiel. 

Certains adultes pourraient se demander: est-ce que ça signifie que mon travail d’éducateur ou de parent devient inutile? 

Lorsque l’adulte est devant le groupe en train d’animer ou de diriger, son travail est visible: ce qu’il fait est clair et facile à reproduire pour les autres adultes dans l’entourage de l’enfant. Lorsque le jeu libre est favorisé, le travail devient souvent invisible et c’est une des raisons pour lesquelles, ça peut être moins évident de tenter d’utiliser cette alternative. Je dis invisible, parce qu’observer les enfants, déplacer un meuble en prévision du lendemain, ça ne se voit pas. Par contre, invisible ne veut pas dire sans effets, au contraire parce que pour les enfants qui vivent dans cet environnement, ça fait toute la différence. 

Comment favoriser activement le développement des enfants, sans passer par un bricolage guidé, une activité avec des consignes? Qu’est-ce que je fais finalement de mon temps de planification ?

Une partie de la réponse se retrouve dans l’environnement que vous offrez aux enfants. C’est là que votre temps de planification peut se concentrer : Vous pouvez agir concrètement en adaptant votre local, votre maison, votre classe pour qu’elle soit invitante et propice à favoriser le jeu. Celà passe par le choix des jouets mais aussi par la façon de les présenter afin qu’ils soient invitants, et que faire évoluer leur jeu soit facile. 

Par exemple, si j’ai des enfants au début de l’écriture approchée (essayer d’écrire des mots selon les sons entendus)… Si les crayons et les feuilles sont très loin, et qu’ils doivent attendre que je sois disponible pour leur en donner lorsqu’ils ont l’inspiration d’écrire une affiche fermée/ouverte pour leur magasin, ils risquent de laisser tomber cette idée.  Au contraire, si j’ai prévu des feuilles, des crayons, du papier collant.. alors ils peuvent enrichir leur jeu et le continuer facilement. Il n’y a pas de coupure.

De la même façon, si mon milieu compte un poupon qui commence à se tenir debout, je vais probablement tenter de placer des éléments intéressants (photo de ses parents, textures, miroir) à une hauteur l’encourageant à se mettre debout. Ce n’est pas moi qui vais lui dire :»Allez, mets-toi debout!». Par contre, je vais m’assurer qu’être debout soit intéressant, attirant pour lui.

D’ailleurs, même les meilleurs jouets peuvent tomber dans l’oublis s’ils sont dans le fond d’un coffre encombré, dans lequel il est peu agréable de fouiller. C’est pourquoi j’aime bien consacrer quelques minutes de mon temps pour préparer de petites invitations à jouer, créer des petits coins d’intérêts (sans qu’ils soient assorties de fiches à reproduire).
Je vais souvent mettre des jouets ou du matériel de la maison sécuritaire dans un bol, le couvrir d’un tissu et laisser les enfants découvrir ce qui s’y cache. J’aime aussi mettre des jeux prêts à être utilisés en hauteur (à l’abri des poupons) pour que l’enfant puisse simplement passer à côté, choisir de jouer et commencer à jouer.

En conclusion, je veux offrir un environnement qui réponde, qui rebondit sur les besoins, les intérêts des enfants et les phases de leur développement. Je leur offre un environnement fertile, soutenu et du temps libre pour y grandir heureux. Je leur offre mon expertise, mes connaissances.. non pas sous forme d’enseignement direct mais par le choix et l’attention que je mets sur ce que je leur offre comme espace pour vivre au quotidien. 

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