Le matériel ouvert dans le jeu symbolique

Par Valérie Cadieux

Les enfants du préscolaire arrivent en classe avec un écart de plusieurs mois. Certains enfants ont 5 ans depuis le mois d’octobre de l’année précédente et d’autres auront 5 ans en septembre alors qu’ils sont déjà au préscolaire. Bien que ça semble peu, à 4-5 ans, c’est énorme comme différence. Vous n’avez qu’à imaginer l’évolution d’un bébé au cours de sa première année de vie afin de comprendre l’idée. À cela s’ajoute les expériences qu’ils auront vécues, leur bagage culturel, s’ils ont fréquenté un centre de la petite enfant ou non, etc. Chaque enfant arrive donc avec un développement global unique et donc aussi une façon bien à eux d’approcher la période de jeux libres. Certains enfants butinent de jeux en jeux ayant besoin de tout découvrir, d’autres jouent toujours avec le même jeu ou jouet, certains se promènent et observent, certains recherchent les jeux turbulents et d’autres viendront me voir pour me dire qu’ils ne savent pas à quoi jouer.

En début d’année, je mets en place un coin maison comme coin symbolique, je m’assure que l’enfant y retrouve du mobilier et des jouets qui représentent un environnement sécurisant et connu. On y retrouve des poupées avec des couleurs de peau et des traits diversifiés afin que chaque enfant puisse s’y représenter. Des aliments et des accessoires y sont aussi ajoutés: poêle, casseroles, assiettes, fruits, légumes, brosses… Les jouets du coin symbolique sont choisis avec soin afin qu’ils ressemblent à des objets réels et afin de permettre aux enfants plus jeunes ou avec moins d’expérience de ce type de jeu de s’y engager plus facilement. Le matériel fermé a aux yeux des enfants un usage précis, sécurisant qui lui permet de reproduire des actions simples de leur quotidien et de créer des scénarios plus complexes avec le temps.

Cette année particulièrement, j’ai introduit dans la classe du matériel ouvert et polyvalent (Loose parts). Au début, le matériel était surtout utilisé afin de les classer, les aligner, reproduire du graphisme, faire des créations de type mandala et autres. Les enfants ont pu les explorer librement. Puis, doucement, quelques enfants se sont mis à incorporer ce type de matériel dans leur jeu symbolique. Les petites formes de bois colorées sont devenues tour à tour des fruits pour en faire une salade lors d’un festin entre amis, des crèmes glacées à la crèmerie du quartier, des vernis à ongles dans un salon de beauté, des arbres et des gouttes d’eau ou encore des personnages qui évoluent dans une de leurs constructions.

C’est vraiment à ce moment que j’ai pu constater la magie du matériel polyvalent s’opérer. Le jeu de l’enfant n’était plus limité au matériel (fermé) disponible autour de lui: son jeu pouvait évoluer et suivre son imagination librement. Il n’y a pas de carottes pour le petit lapin de la famille ? Pas de soucis, l’enfant va chercher un bloc de bois et dis au lapin : “Voici ta carotte! Tu vas voir comme elle est bonne!” L’autre enfant (lapin) saisit la “carotte” sans se questionner.

Cependant, chaque enfant n’arrive pas à cette étape au même moment et c’est pourquoi je trouve important de garder des figurines et autres accessoires plus fermés dans ma classe. Doucement durant l’année, j’ajoute de plus en plus de matériel ouvert et polyvalent tout en retirant peu à peu du matériel fermé. Ainsi, par la variété du matériel offert et l’influence de ses pairs, l’enfant apprend à son rythme à s’ouvrir aux possibilités que lui offre le matériel polyvalent et à l’incorporer dans son jeu symbolique.

    Laisser un commentaire

    Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *