Le jeu libre au-delà de la petite enfance.

Par Zoé L. Sirois

Il y a, depuis plusieurs années, une tendance qui semble aller vers la disparition du jeu libre pendant l’enfance moyenne (6-12 ans). J’ai l’impression parfois que c’est comme s’il n’y avait plus d’entre deux: de 0 à 5 ou 6 ans, l’enfant est petit, c’est l’âge du jeu, c’est clair et tout le monde est d’accord et puis très vite, il nous semble sorti de l’enfance. C’est vrai que dans son langage, ses profondeurs de réflexions, il peut nous sembler “grand” soudainement.

On oublie donc, parfois, que le besoin de jouer est encore là. Le résultat ? Son horaire est souvent rempli (des cours parascolaires, les devoirs, le temps d’écran) et il ne part plus à l’aventure dans la forêt ou dans la ruelle avec des amis. Il délaisse plutôt ses légos ou ses barbies. Les parents vont parfois avoir l’impression que les jouets «ne sont plus de son âge» à un âge de loin inférieur à l’âge où eux-mêmes ont arrêté de jouer.

C’est quelque chose qui va parfois ressortir dans nos commentaires, sans qu’on s’en rende compte:”Voyons, lâche ça, c’est pour les petits.. À ton âge (…) “ Et lui aussi, il se classe trop vieux pour les jeux alors, il joue au grand.

La société a également favorisé ce changement, de façon peut-être indirecte. Un exemple tout simple que j’aime donner est celui de mon tricycle. Lorsque j’étais enfant dans les années 1990, j’avais un tricycle et mon père me l’a donné pour mes enfants il y a quelques années. Sa taille convient à un enfant entre 4 et 6 ans. Quand j’ai voulu en acheter un pour mes enfants, les tricycles étaient maintenant pour les 18 mois-2 ans. Qu’est-ce qui s’est passé entre les deux ?

D’un côté, on peut avoir l’impression que le jeu libre, non organisé, n’est plus nécessaire en âge scolaire. Et pourtant, au niveau du jeu, il se passe plusieurs évolutions très intéressantes. Par exemple, vers 6-7 ans, les enfants qui ont beaucoup joué dans la petite enfance vont alors faire ce qu’on appelle des jeux à chapitre. Ils vont jouer, de façon continue, sur plusieurs jours voire mois, faisant évoluer le jeu et le complexifiant à un niveau qui n’a rien à envier aux téléromans!

J’ai des souvenirs de moi, au primaire, vers 10 ans, reprenant le jeu interrompu la veille comme si c’était aussi simple que d’enfiler des pantoufles. C’est quelque chose que j’observe souvent avec mes enfants, il suffit d’un “on joue?” pour que Laurent redevienne Marlou (Ils ont différents personnages stables dans leur jeux) et les voilà partis.

Ils vont aussi introduire plus de jeux à règles dans leurs répertoires (incluant les sports) parce qu’ils vont maintenant avoir le goût de la compétition et la capacité de suivre les règles sur lesquels ils sont d’accord.

Ce que j’aimerais que vous reteniez c’est surtout qu’il y a encore beaucoup d’occasions de jeux à vivre entre 6 et 12 ans. Parce que finalement, le problème avec le fait que le jeu libre soit remplacé par d’autres occupations c’est qu’à 6, 7 voire 8 ans, l’enfant a encore des choses à apprendre du jeu, il peut encore retirer beaucoup de positif de ce temps à ne “rien” faire d’autre que jouer.

Comme dans la petite enfance, le jeu non structuré permet aux enfants de tester leurs habiletés sociales, leur force, de résoudre des problèmes et de réinvestir leurs habiletés (bricoler un accessoire de jeu ou écrire par exemple). Comme les enfants ont maintenant une petite base en gestion des conflits et qu’ils peuvent jouer à distance des adultes, ça va leur permettre d’aller beaucoup plus loin dans leur imagination. Et ça, honnêtement, c’est vraiment cool à voir.

Pour certaines idées d’envergures des enfants plus vieux, il faudra prévoir du matériel adapté qui est parfois différent de ce qui est dans l’environnement de la petite enfance… mais pas toujours ! Une des forces du matériel polyvalent c’est justement qu’il peut être utilisé très longtemps. Par exemple: les tissus de soie sont utilisés par les poupons… mais aussi dans des déguisements élaborés par les 10-11 ans.

Comme parents, nous avons le pouvoir de limiter ce qui vient encombrer l’horaire familial pour que tous aient du temps libre, non structuré dans leur semaine.

Et si nous laissions l’enfance s’étirer, évoluer encore quelques années ?

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