7 clés pour soutenir le jeu libre autonome

Par Marie-Eve Beaudry

Des enfants qui jouent seuls : le rêve de plusieurs adultes ! Qu’on soit parent ou éducatrice, on peut sûrement faire une liste rapide de 20 raisons pour lesquelles on souhaite que les enfants dont on s’occupe soient capables de jouer de façon autonome. Et si on veut vraiment exprimer tous nos rêves les plus fous, on pourrait même ajouter de façon autonome ET harmonieuse. 

Je vais même aller plus loin. Je vise des enfants qui peuvent s’investir positivement dans des jeux autonome ET harmonieux ET qui vont être stimulant pour leur développement global. Tout ça sans avoir besoin de l’adulte. 

Et il y a des trucs. Des stratégies pour accompagner les enfants à choisir leurs jeux, à oser s’investir dans des jeux et à complexifier leurs jeux. Parce que le jeu libre en petite enfance n’est pas uniquement une période occupationnelle entre deux moments ‘’éducatifs’’. Le jeu en petite enfance, c’est LA chose la plus importante. La plus éducative. 

Ce qu’on veut essentiellement en petite enfance, c’est protéger l’ABCCDDE. Ne cherchez pas ça nulle part, je viens de l’inventer. Il faut bien que les acronymes naissent quelque part. 

Autonomie 

Bonheur 

Curiosité 

Créativité 

Découvertes 

Disponibilité 

Explorations 

Pour l’autonomie, il faut laisser du matériel disponible. Que l’enfant peut prendre sans l’aide de l’adulte. Il faut laisser de l’espace aussi. Et du temps. Pour qu’il puisse mettre sur pied des petits et grands projets. S’il est toujours interrompu, il ne pourra pas faire évoluer ses jeux et il va attendre qu’un autre le fasse pour lui. Parfois, souvent même, soutenir les jeux libres d’un enfant signifie se retirer pour lui laisser la place nécessaire pour s’investir pleinement. Et s’assurer d’offrir le matériel sur des meubles qu’il peut atteindre et dans des contenants qu’il peut ouvrir seul. 

Pour le bonheur, il faut une attention particulière à l’ambiance, à la dynamique. Viser un environnement chaleureux et inspirant. Invitant pour l’enfant. Un milieu dans lequel il peut vivre sa petite enfance, doucement, à son rythme, sous le regard bienveillant d’un adulte. Ça veut dire quoi concrètement toutes ces belles phrases ? Ça veut dire une ambiance dans laquelle on a le goût de rester, dans laquelle on se sent bien. Souvent, ça passe par les sensations qu’on ressent dans une pièce : les sons, les odeurs, les textures, ce qu’on voit autour de nous. Imaginez que vous êtes assis sur une chaise droite dans une pièce froide avec des néons au plafond et de la musique d’ascenseur qui joue en sourdine et une odeur de désinfectant qui semble coincée dans l’air, puis imaginez maintenant que vous êtes assis sur un fauteuil confortable, près d’un feu de foyer, à écouter le chant des oiseaux pendant qu’une douce odeur de cannelle flotte dans l’air. Elle est là la différence. Dans les deux cas, vous êtes assis. Mais l’ambiance est bien différente et notre expérience est alors instantanément différente. Créez des environnements de jeux dans lesquels les enfants auront envie d’être. 

Pour la curiosité, c’est simple : on s’émerveille avec l’enfant, on ne lui donne pas toutes les réponses instantanément. On cherche des réponses dans différentes sources, on émet des hypothèses, on fait des tests et des liens entre nos connaissances… On observe, on écoute, on accompagne son raisonnement. 

Pour la créativité, il faut voir large. On parle autant de créations matérielles que de façon créative de solutionner des problèmes (et des conflits !). L’enfant qui a à sa disposition du matériel créatif pourra davantage adapter spontanément ses jeux à son niveau actuel de développement, prendre des initiatives, exprimer son monde intérieur, perfectionner son mouvement, créer des scénarios. Toutes ces compétences vont venir enrichir son développement cognitif. 

Pour les découvertes, l’enfant, comme pour l’autonomie et la créativité, aura besoin de temps et d’espace pour tisser des liens entre ce qu’il découvre et ce qu’il sait déjà. On peut l’accompagner en posant des questions judicieusement choisies plutôt que de le bombarder de questions inutiles qui vont juste détourner son attention. Plutôt que de demander de quelle couleur sont ses blocs ou combien il y en a, on peut lui demander comment il a fait pour faire tenir cette tour ? Ou pour quelles raisons il a choisi de faire une grande ligne avec les cubes bleus ? On questionne le raisonnement, pas les notions. 

Pour la disponibilité, il n’y aura pas de produit associé. Un café pour l’adulte peut-être ? Quand je parle de disponibilité, je ne parle pas uniquement de disponibilité physique. ‘’Mais voyons Marie-Eve, tu ne viens pas de dire que le but est que les enfants s’investissent dans des jeux autonomes ?’’ Oui. Autonomes. Une autonomie de petite enfance. Donc une autonomie en sachant que le regard de son adulte est à portée de main. Qu’il est disponible affectivement. Une autonomie dans laquelle l’enfant sait qu’il peut partager ses fiertés, ses déceptions et ses frustrations. Qu’il peut demander de l’aide aussi. Une autonomie dans un contexte sécurisant. Et ça, ça demande un adulte qui ne joue pas nécessairement avec l’enfant, mais qui reste à l’écoute et disponible. C’est en étant convaincu de cette disponibilité que l’enfant pourra prendre son envol pour aller s’investir dans des projets de plus en plus complexes, en ayant la certitude qu’en cas de besoin, il peut revenir au nid à n’importe quel moment. 

Pour les explorations, je vois surtout l’aspect sensoriel. Un enfant apprend beaucoup par ses 5 sens, dès sa naissance. Ce qu’il voit, entend, touche, goûte, sent a de l’importance dans ses apprentissages. Je vous en parlerai plus en profondeur dans un autre blogue d’ailleurs. C’est pourquoi un enfant d’âge préscolaire apprend davantage en manipulant des objets et en bougeant qu’en restant assis devant un cahier d’activités. 

Le but est le jeu libre autonome, stimulant, créatif. Je n’ai évidemment pas de recette miracle, seulement 7 petites clés qui pourront vous aider à ouvrir une partie de ce beau trésor. 

Parce qu’il en vaut la peine. 

Et pas uniquement pour vous permettre de terminer votre café tandis qu’il est encore chaud. 

Même si c’est un plus. 

    Laisser un commentaire

    Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *